AMOUR, PREVUE D'AMOUR, ET PASSIVITE
En revoyant pour la seconde fois Querelle, de Fassbinder d'après Querelle de Brest de Jean Genêt, je me suis rendu compte que j'étais passé à côté de certaines phrases, notamment celle-ci, prononcée par la voix off :
- Le sentiment de Querelle pour Gille allait presque jusqu'à l'amour. Il aurait voulu lui faire l'amour car alors sa tendresse en aurait été décuplée. Il ne savait pas s'y prendre avec un garçon. Il n'avait jamais été que baisé et il ne savait pas baiser un garçon à son tour. Obscurément Querelle comprit que l'amour ne peut rester éternellement passif. Il faut le vouloir. On peut ne pas aimer les hommes et néanmoins aimer se faire enculer par eux. Mais pour enculer un homme, il faut l'aimer, ne fusse qu'au moment précis ou on l'encule. Ainsi, s'il voulait aimer Gille, Querelle devait renoncer à sa passivité. Il essaya...
Donc pour Jean Genêt, on peut aimer se faire enculer sans aimer les hommes, mais pour enculer un homme il faut l'aimer. Plus loin encore, le passif ne peut aimer, puisque sa passivité l‚'empêche d'exprimer son amour (dont l'existence n'est pas remise en cause, mais dont la preuve est impossible à faire). Pour aimer, il doit donc enculer, et donc renoncer à sa passivité.
Je réfute la théorie qui vise à dire que l'actif domine, et que le passif subit, que l'actif prouve son amour quand le passif se contente égoïstement de le recevoir. Pour moi, l'abandon qui consiste à s'offrir à l'autre est une preuve d'amour au moins aussi grande que celle qui consiste en pénétrer celui que l'on aime (puisque Jean Genêt conditionne le fait de pénétrer au préalable d'aimer).
D'ailleurs, dans une relation hétérosexuelle, c'est généralement l'homme qui pénètre la femme. Comment dans ce cas là l'homme peut-il s'offrir à la femme ? Le raisonnement ne tient pas.
Et ce n'est évidemment pas parce que la femme ne pénètre pas l'homme qu'elle lui prouverait moins bien son amour.
Dans la relation homosexuelle, l'égalité physique qui règne entre deux individus du mème sexe implique l'obligation d'une différenciation active dans l'acte sexuel. Cette différenciation rompt nécessairement légalité préexistante. Mais l'absence d'égalité n'entraîne pas selon moi la naissance d'une gradation dans l'amour, ou même dans la preuve d'amour.
Jean Genêt assoit ici l'idée que dans la relation homosexuelle, le passif, qui subit l'amour de l'autre, ne peut ainsi lui prouver son amour car il profiterait du sien. Il érige donc la pénétration en preuve d'amour absolue. Mais l'important dans l'amour est-il l'acte sexuel, et même, l'important dans l'acte sexuel réside-t-il dans la pénétration ? Je ne pense pas. De même que je refuse l'idée que la pénétration introduit une gradation dans l'amour que l'on porte à l'autre, ou que l'on prouve à l'autre.
Dans tout ça, l'important, c'est d'aimer, et de prouver son amour comme on le souhaite. Baiser n'est pas une fin en soit. Aimer non plus d'ailleurs. Et le plus beau, c'est peut-êre l'émulsion qui se crée quand deux personnes qui s'aiment font l'amour. Car faire l'amour, c'est peut-être un peu déjà prouver que l'on aime...