SONGES ET MEMOIRES
On parlait de songes et de rêves vendredi... Des classiques aux plus improbables, chacun de nous décrivait, non sans humour, les différentes positions qu'il avait pu occuper dans ses souvenirs.
Samedi, en me réveillant, et comme d'habitude, je ne me souvenais pas de mon rêve... Une vague impression de m'être réveillé très tôt le matin, de m'être rendormi, le souvenir de mon rêve passé encore bien frais, puis, second réveil, plus rien. Disparu.
Je me rappelai alors un passage d'un livre. Une phrase qui m'avait marqué. Impossible de la retrouver au milieu des pages (bien abîmées d'ailleurs) de ce livre. Aujourd'hui, au détour d'une recherche iconographique, voilà qu'elle réapparait :
Ce qui nous rassure du sommeil, c'est qu'on en sort, et qu'on en sort inchangé, puisqu'une interdiction bizarre nous empêche de rapporter avec nous l'exact résidu de nos songes.
Marguerite Yourcenar, in
Mémoires d'Hadrien
C'est pourtant un livre qui ne m'avait pas marqué. Qui m'avait même profondément ennuyé, mais dont je m'était imposé la lecture : il est toujours intéressant de savoir d'où l'on vient (comprendront ceux qui le peuvent).
Car c'est une autre Marguerite (pas une académicienne) qui a bercé mon adolescence. Plus âpre et plus noire, étrangement décriée ici.
D'elle aussi, parfois, au réveil, me reviennent quelques passages ou citations de livres qui, à l'époque, m'avait profondément bouleversés :
Un barrage contre le Pacifique,
Le marin de Gibraltar,
L'homme assis dans le couloir,
L'après-midi de M. Andesmas pour ne citer que mes préférés.
Duras, elle n'aimait pas l'amour. Elle n'aimait pas les femmes. Elle n'aimait personne, même pas elle-même. Mais c'est peut-être pourtant grâce à elle que j'ai appris ce que cela voulait dire, aimer.
Ainsi cependant vous avez pu vivre cet amour de la seule façon qui puisse se faire pour vous, en le perdant avant qu'il soit advenu.
Marguerite Duras, in
La Maladie de la mort
La confirmation de la tristesse est une consolation
Marguerite Duras, in
Un homme est venu me voir